Ode au JDR Solo
legoujon
- 6 minutes de lecture - 1210 motsLe jeu de rôle en solitaire : voilà qui pourrait ressembler de loin à un « plaisir solitaire » inavouable… Et pourtant ! Quelle belle activité. Laisez-moi vous expliquer en quoi la pratique du jeu de rôle en solitaire devrait faire partie de votre routine quotidienne.
Une histoire de jeu de rôle
Pour bien commencer cette histoire, commençons par resituer le jeu de rôle. Il s’agit d’une activité sociale, ludique et faisant appel à l’imaginaire des joueurs. Un groupe de personnes se réunit et, souvent sous l’égide d’un « Meneur de Jeu », va raconter une histoire collective en mettant en scène un personnage par joueur et en respectant un ensemble de règles plus ou moins complexes. Le jeu de rôle est né dans les années 70, à la suite des « Wargames », ces jeux simulants une bataille à l’aide de figurines miniatures. Au départ, on choisissait d’incarner l’un des personnages de l’armée pour lui faire vivre une aventure à son échelle. Très vite, les joueurs s’affranchirent du jeu de batailles rangées et se réunissaient pour se concentrer sur ces personnages. En 1974, Gary Gygax et Dave Arneson publie le premier livre de règle, définissant un tout nouveau type de jeu avec son univers et ses mécaniques : Donjons et Dragons (Dungeons and Dragons).
Le principe
Ce jeu est donc d’une simplicité désarmante : un groupe de Joueurs se retrouvent avec un Maitre du Jeu (MJ). Le Maitre du Jeu commence une histoire, les joueurs réagissent et l’histoire se poursuit, échange après échange. Bien sûr, en général, les joueurs doivent se conformer à un ensemble de règles qui définissent la narration. Untel ne peut pas décider qu’il met un coup au dragon et que ce dernier clamse immédiatement (ou alors, il a un très très bon niveau). Ce qu’il faut retenir ici, c’est qu’il y a deux principes :
- L’histoire nait de l’interaction entre les joueurs et le MJ.
- Les joueurs doivent respecter un ensemble de règles qui déterminent ce qu’ils peuvent faire ou pas.
Jouer à plusieurs… tout seul.
Mais alors : on vient de dire que le jeu de rôle est une activité sociale. Que l’histoire nait de l’interaction entre tous les participants autour de la table. Comment faire alors pour jouer tout seul ? Le jeu de rôle en solitaire est une pratique qui est peut-être aussi vieille que le jeu de rôle à plusieurs (encore que rien n’est vraiment documenté). L’idée ici est de continuer à assurer le rôle du joueur, qui incarne un personnage et décide de ses actions. Mais c’est aussi la même personne qui va joueur le rôle du Maitre du Jeu. L’intérêt est multiple :
- Pas besoin de trouver des joueurs et de les réunir,
- Maitriser tous les tenants et les aboutissants de l’histoire racontée mais aussi des mécaniques du jeu,
- Prendre le temps qu’il faut pour se concentrer sur ce qui importe vraiment au joueur.
C’est juste de l’écriture
On pourrait penser que le joueur de JDR Solo est simplement un auteur. Même s’il est vrai que joueur à un JDR en solo et écrire une histoire ont beaucoup de points communs, le diable se cache dans les détails. Un écrivain va avoir une liberté totale sur son œuvre. Il peut agir sur l’intrigue ou les personnages comme il le souhaite. Un joueur de JDR en solo devra lui se conformer un ensemble de règles, celles du jeu auquel il joue. Ces règles l’emmèneront sur des chemins qu’il n’avait pas imaginé. De plus, le choix du jeu influencera l’histoire racontée. Par exemple, dans « The Last Tea Shop », le narrateur installe une maison de thé pour accueillir les récents défunts qui vont vers un au-delà mystérieux. L’histoire est déjà engagée sur des rails et le joueur aura ainsi une sorte de couloir à suivre. Il ne pourra pas changer fondamentalement l’histoire qu’il raconte. Chaque jeu à une part une notion de « guidage » plus ou moins forte.
Le hasard comme source de créativité
On l’a dit, dans un jeu de rôle, le joueur doit respecter un ensemble de règles. Les décisions du joueur vont régulièrement se heurter à une notion fondamentale dans le jeu de rôle : le hasard. « Est-ce que je peux soulever cette grille ? Est-ce que des ennemis nous attendent derrière ce bosquet ? Est-ce que ce marchand nous apprécie ? » La plupart des questions que se posent les joueurs vont avoir une réponse en partie aléatoire. Cette aléatoire sera influencé par certaines caractéristiques du personnage (par exemple, un personnage naturellement discret aura moins de mal à se déplacer sans bruit qu’un guerrier lourdement équipé). Dans la pratique du JDR solo, le hasard prend encore une autre dimension. Là où dans une partie classique, à plusieurs, un certain nombre de réponses vont être données par le MJ qui aura préparé l’histoire, en solo, c’est le hasard qui répondra à la plupart des questions que se posent le joueur. On les appelle parfois « oracles ». Ce sont tous les mécanismes qui permettront de répondre aux questions du type « Est-ce qu’il pleut ? Est-ce que l’herbe est suffisamment haute pour me ralentir ? Est-ce qu’il y a du monde dans cette taverne ? » Certaines mécanismes permettent d’aller encore plus loin en générant aléatoirement des personnages, des rencontres, des quêtes, …
Mais alors, pourquoi faire du JDR solo ?
Je vous ai donné un aperçu de ce qu’était le jeu de rôle et plus particulièrement le jeu de rôle solo. Mais pourquoi pratiquer cette activité ? Qu’est-ce que cela peut bien apporter dans nos vies ? J’ai l’impression d’être devenu un consommateur de contenus. Les réseaux sociaux, les plateforme de streaming, tout mon temps libre est occupé à consommer ces contenus, plus ou moins qualitatifs. Mais est-ce que nos esprits sont nourris après avoir regarder un heure trente de vidéos Tik Tok ? Est-ce que notre estime de soi s’en trouve renforcée ? Finalement, est-ce que cela nous a apporté des bienfaits ? Pour être honnête, parfois oui. Ces techniques de jardinages peuvent être utiles. Cette recette semble vraiment délicieuse. Le témoignage de cette personne m’a beaucoup touché et m’a fait du bien. Mais il faut reconnaitre que pour 80% du temps, on ne tire rien de bon de ces contenus. C’est là que le JDR en solo entre en scène. C’est une activité simple : un crayon, un papier, un ensemble de règles, et c’est tout. On peut même se passer du papier et du crayon. Les règles, loin de nous enfermer, nous simplifient la mise en route. On a quelques choix à faire mais sans être piégé dans une infinité de possibilités. le JDR solo nous force aussi à nous mettre dans une posture créatrice. On doit se creuser les méninges pour trouver la meilleure façon de gérer cette troupe de gobelins ou pour interpréter l’oracle (école et offrande ?? Quelle peut bien être ma quête ?). C’est aussi stimulant qu’une partie de mots croisés, c’est gratifiant, sans aucun abonnement. Bref, je vous invite à essayer !
Quelques liens
- (https://itch.io/physical-games/tag-solo-rpg) Page itch.io dédiée aux jeuux de rôle en solo.
- (https://www.cestpasdujdr.fr/les-jeux-de-role-solo/) Un bon article sur le JDR solo avec des ressources.
- (http://ironsworn.pbta.fr/) Le jeu de rôle pensé pour le solo. Très complet.