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La playlist du jour ou comment quitter Spotify

2026-07-10 · tech

permalien : https://blog.legoujon.fr/articles/la-playlist-du-jour/

Depuis quelques temps, je tente de me détacher de certains outils fort pratiques mais dont l’utilisation produit un monde qui me dérange. En l’occurrence, je parle de Spotify. La promesse est fantastique : pour quelques euros par mois (surtout avec le partage de compte), on a accès à une infinité de musiques, partout, tout le temps. Ce modèle de surconsommation musicale a de l’attrait, c’est sûr. Mais il produit une rémunération inégale pour les artistes, une dégradation de la qualité des écoutes musicales et une émergence des contenus produits par IA. Témoignage d’une internaute à propos de son chemin pour quitter Spotify

La rémunération des artistes

Le fonctionnement de la rémunération des artistes par les sociétés de streaming est complexe mais quelques principes simples sont à retenir : les artistes sont rémunérés en fonction de leur part d’écoute dans un pays donné. En gros, en France et en 2025, l’artiste français le plus écouté est Jul. Qu’on aime ou pas, la grande partie des royalties de Spotify lui sont reversées. Cela signifie qu’une grande part du prix de votre abonnement lui revient. De l’autre côté, si vous aimez écouter l’album Rotation de Paul Lascabettes, en réalité il ne touchera presque rien, sans doute pas même quelques millièmes de centimes à chacune de vos écoutes. Site de Paul Lascabettes, pour découvrir son travail fabuleux Alors, c’est un modèle économique et on peut estimer qu’il a sauvé une industrie musicale qui était mise à mal par le piratage, mais c’est un modèle qui ne me convient pas vraiment. Je veux choisir moi-même les artistes que je rémunère.

Une écoute musicale sans saveur

Il y a 50 ans, on achetait une chaine Hifi, on la faisait trôner au milieu du salon, aux côtés de la télé et on passait un moment à « écouter » un album de musique. Pas comme une musique de fond mais comme un objet culturel à découvrir, à apprécier. Il y a 20 ans encore, faire la démarche d’aller acheter un CD (cher) et prendre le temps de l’écouter correctement, de fond en comble, n’était pas rare. Aujourd’hui, la grande majorité de la musique est consommée comme un bruit de fond, sans valeur. Si je vous demandais, là maintenant, de me donner l’artiste et le titre de la musique que vous écoutez, il y a de grandes chances que vous n’en sachiez rien (bon c’est pas non plus 99%, mais je parierais sur plus de 50%). Alors ce n’est pas critiquable en soi, chacun fait bien ce qu’il veut. Moi-même je consomme une grande partie de la musique de cette façon. Mais j’ai envie de revenir à plus de « pleine conscience » quand j’écoute de la musique. C’est un chemin à mener car je suis très habitué à avoir une immense variété de musiques dans mon téléphone et à l’écouter à peu près n’importe où, n’importe quand et n’importe comment !

La musique générée par IA

Et enfin, l’IA. Les grands modèles d’IA génératives sont capables de produire des musiques bluffantes de réalisme. À tel point que le doute est permis quand on écoute une musique : c’est une vraie prouesse technique, mais… les modèles ont été entrainés avec les œuvres d’autres artistes, sans aucune rémunération et sans respect du droit d’auteur. Le débat est vaste pour décider si une machine a le droit d’écouter et de produire ensuite de la musique, ce que fait un humain en réalité. Toujours est-il que la question est posée et qu’on peut légitimement s’interroger sur les bienfaits de ces musiques générées par IA. D’autant plus que, encore une fois, Spotify ne nous laisse pas vraiment choisir comment nous souhaitons écouter la musique : les musiques générées par IA ne sont pas identifiées comme telle dans l’application et aucune option n’existe pour, par exemple, demander à la plateforme de ne pas jouer ce type de musique.

Mais alors, on retourne à l’âge de Pierre ?

Je le rappelle, chacun est libre d’écouter la musique comme il l’entend. C’est justement tout le point que je développe ici : on devrait avoir la liberté de choisir ce qu’on écoute, comment on l’écoute et comment on rémunère les artistes. Je vais vous présenter mon premier pas pour me séparer de Spotify (en tout cas, l’écouter moins car il y a du monde à la maison et je ne suis pas sûr de réussir à les convaincre de supprimer notre abonnement). Premier constat : j’ai une grosse bibliothèque musicale numérisée. Il y a 6 ans, pris d’une folie minimaliste à la Marie Kondo, j’ai décidé de dire « merci » à mes CD et j’ai tout numérisé avant de les mettre dans une ressourcerie. Bon ou mauvais choix ? En tout cas, c’est fait. Deuxième constat : je n’écoute pas 5% de ma bibliothèque musicale. J’écoute souvent les mêmes albums, ceux que j’aime le plus. Le reste est aux oubliettes. Alors j’ai écrit un petit script python qui, tous les matins, choisit 20 titres dans ma bibliothèque musicale au hasard et crée une playlist du jour. Je l’écoute en me levant et je me surprend à redécouvrir des morceaux que j’avais oubliés, d’autres dont je n’avais même pas conscience d’avoir sur mon disque dur. Voici le code du script, à adapter selon votre configuration (c’est un peu brut, désolé) :

#!/usr/bin/env bash
# Fichier texte contenant la liste complète de ta bibliothèque Cf. plus bas
LISTE="/home/toto/bibliotheque_musicale.txt"

# Point de montage de la bibliothèque musicale : 
MOUNTPOINT="/home/toto/Musique"
# Dossier où stocker les playlists générées
DOSSIER_PLAYLIST="${MOUNTPOINT}/playlists"

# Nombre de morceaux désirés
NB=20

# Vérifier la présence du dossier playlist, ma bibliothèque musicale est sur mon NAS
if ! mountpoint -q "$MOUNTPOINT"; then
  echo "Le dossier de playlist n'est pas monté : $DOSSIER_PLAYLIST"
  exit 0
fi
# Vérifie que le fichier liste existe
if [ ! -f "$LISTE" ]; then
  echo "Fichier de liste introuvable : $LISTE"
  exit 1
fi

# Date du jour au format AAAA-MM-JJ
DATE=$(date +"%Y-%m-%d")

# Nom complet de la playlist du jour
PLAYLIST="${DOSSIER_PLAYLIST}/${DATE} Playlist_du_jour.m3u"

# Test pour vérifier que la playlist du jour n'existe pas déjà
if [ -f "$PLAYLIST" ]; then
  echo "La playlist existe déjà : $PLAYLIST"
  exit 0
fi

# Tire NB lignes aléatoires de LISTE et les écrit dans PLAYLIST
shuf -n "$NB" "$LISTE" > "$PLAYLIST"

Et la commande pour générer le fichier texte contenant l’ensemble de votre bibliothèque musicale (à adapter):

find /home/toto/Musique -type f \( -iname "*.mp3" -o -iname "*.flac" -o -iname "*.ogg" -o -iname "*.m4a" -o -iname "*.wav" -o -iname "*.aac" \) | sort >> /home/toto/Musique/bibliotheque_musicale.txt

Pour moi, c’est un petit plaisir cette playlist du jour. Je l’écoute le matin, avec mon café. J’avoue que je travaille en même temps… niveau écoute en plein conscience, on repassera. Mais je poursuis mon chemin dans cette voie.

legoujon