Smallweb
permalien : https://blog.legoujon.fr/articles/smallweb/
Je vais vous raconter l’histoire d’un autre web. Pas celui des GAFAM et leurs outils « gratuits » qui pompent vos données. C’est un web plus petit, beaucoup plus petit, dont je vais vous parler. Tout commence, pour moi, un soir, alors que je cherchais une recette toute simple sur internet. J’ai ouvert au moins 5 sites qui proposaient cette recette mais dont je n’arrivais pas à lire les ingrédients tellement les fenêtres publicitaires prenaient de la place sur l’écran de mon smartphone. Je me suis demandé quand le web était devenu ce nid à pub. Quand mon expérience utilisateur était-elle devenue un chemin de croix ? Bien sûr, cela fait très longtemps que la pub envahit nos écrans, mais là, ce fut sans doute la goutte de trop. Alors je me mis à chercher sur Google (!) ce que pouvait être un web plus éthique, plus libre et moins dépendant des GAFAM. Et je suis allé de découvertes en découvertes… Je suis tout d’abord tombé sur le protocole gemini (et là, rien à voir avec Google). C’est un projet qui consiste simplement à recréer un autre web, avec l’idée de faire des pages internet simples, brutes et limitées, pour se concentrer sur le contenu uniquement, le tout avec un nouveau protocole qui limite nativement les technologies à employer (pas de javascript, pas d’image, pas de mise en page). Alors, soyons honnête, c’est un « veryveryverysmallweb ». Le protocole gemini est relativement jeune (2019), compte peu d’utilisateurs et n’a pas pour objectif de remplacer le http. Mais cette simplicité forcée est séduisante. Et puis il y a un côté rétro qu’il ne faut pas négliger. Quel plaisir de se retrouver sur un site encore vierge de la mainmise des grandes entreprises.
Voilà le site http officiel du projet Gemini
Dans la même veine, certains créateurs, nostalgiques de ce qui était encore les balbutiements du web, se sont mis à publier des sites persos : de simples pages HTML, du CSS et du javascript, pour retrouver une esthétique et une philosophie qui rappelle les débuts d’internet. C’est une manière de retrouver du pouvoir sur ce qui est proposé aux visiteurs. Pas un espace formaté et hébergé par une grande entreprise de la tech mais un petit espace d’expérimentation, de proposition artistique et de petites choses. Néocities semble être un service d’hébergement plébiscité pour héberger ces sites web statiques (sans php ou javascript qui multiplient les requêtes au serveur). Mais l’autohébergement est aussi une voie mise en avant.
Une explication de ce qu’est le « Web Revival » et une porte d’entrée pour explorer
Proposer son site web perso, son propre espace d’internet, c’est une façon de se réapproprier Internet. C’est tout le propos de l’Indieweb : un web personnel, indépendant et multi-hébergé. Il ne faut pas oublier qu’Internet et le web ne sont qu’un moyen fantastique de connecter des ordinateurs ensembles. Des « serveurs » qui offrent à qui leur demande, des fichiers à consulter. La force du web c’est d’avoir développé une série d’outils permettant d’offrir du texte, de l’image, du son et de l’interactivité au visiteur. On parle bien ici « d’offrir », au visiteur. Dès le départ, la liberté et la gratuité étaient de mise sur le web. Je ne dis pas que les services payants n’existaient pas mais que ce n’était pas la majorité de ce qui était proposé (source : moi-même).
On est loin du modèle actuel qui consiste à s’inscrire et créer son compte, si possible via une entreprise gigantesque qui se gave des données personnelles des utilisateurs. Combien de « connexion via Google » avons-nous utilisées ? De toute façon, même en essayant de brouiller les pistes, nos profils sont recoupés et connectés pour avoir une image la plus fidèle possible du consommateur que nous sommes. Ensuite, nous avons le choix entre un service gratuit mais dégradé, bourré de publicité ou un service un peu meilleur, mais clairement payant.
Page du collectif de l’IndieWeb
Le smallweb, le « Web Revival », l’Indieweb sont des initiatives qui proposent de retrouver un internet à hauteur d’homme. Un internet des particuliers en opposition à l’internet des grandes entreprises. Dans l’une des vidéos que j’ai consulté sur le sujet, l’auteur faisait une comparaison intéressante : si internet aujourd’hui ressemble à New York, cet autre web est plutôt une campagne calme, avec peu d’habitants mais plus de lien social et une philosophie de vie attirante. (Bienvenue à Stardew Valley !)
A Web Revival : the internet didn’t die, you’re just not on it
Alors, comment faire ? Si vous êtes un simple visiteur, intéressé pour voir ce petit web, il va vous falloir de solides connaissances en anglais. Malheureusement, le Smallweb francophone est vraiment tout petit. Je suis encore à la recherche de sites en français avec une bonne liste de liens pointant vers d’autres sites en français. C’est important pour moi car, malgré un bon niveau de débrouille en anglais, je suis infiniment plus à l’aise quand je lis un texte en français. Il vous faudra ensuite perdre vos habitudes de navigation. Pas de recherche google ici. De toute façon, ces petites espaces du web personnels n’apparaitront pas avant la … 30ème page ? Au moins ! Il faut trouver un premier site et ensuite, explorer tel un aventurier qui avance dans une jungle foisonnante. Les liens hypertextes entre tous ces sites sont une des seules voies d’exploration possibles. Et cela participe de cette philosophie bien particulière propre au web des débuts. Heureusement pour vous, vous êtes au bon endroit. Je me charge de vous conduire vers différentes portes d’entrées. [Site perso - Melonking] (https://melonking.net/) Si maintenant vous êtes plutôt un créateur, il vous faudra accepter de mettre les mains dans le cambouis. HTML, CSS, javascript, etc. Ce sont des technologies avec lesquelles il faut se familiariser. Heureusement, des tonnes de guides existent sur le sujet et, honnêtement, fabriquer une simple page personnelle, l’héberger et la rendre accessible à tous n’est vraiment pas compliqué. C’est faisable en 20 min par à peu près n’importe qui. Je publierai un guide pour cela prochainement, mais vous pouvez déjà vous inspirer de ce que propose myrrh (en anglais malheureusement !)
Article sur le Web Revival avec des guides et des liens vers des guides
En conclusion, tous ces concepts tournent autour de la même idée : reprendre en main cette technologie, s’affranchir (au moins en partie) des GAFAM et retrouver un espace de liberté car c’est bien de liberté qu’il s’agit. L’investissement en argent est dérisoire (voire nul) et le temps que vous y passerez sera bien plus profitable que celui que vous dépensez dans les réseaux sociaux.
Legoujon